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Dès l'aube de ton premier geste/ Cloué depuis toujours au fond de ma mémoire/ J'ai eu peur de te suivre/ Craignant terriblement les pratiques obscènes/ Tout ce lourd héritage de conduites humaines/ Ces amours qu'on égorge pour une simple aubaine !/ Je ne t'ai pas livrée aux coutumes guerrières/ O ma forêt, ma soeur, mon Amour !/ Le sais-tu ? Le sais-tu ?/ J'ai cousu mes lêvres au bord du chemin, pour te taire/ Les fruits mûrs de tes pieds écrasaient ma poitrine !/ Le sais-tu ? Le sais-tu ? Les couples de cerises que l'on pend aux oreilles craignaient mes doigts fragiles ! Le sais-tu ? Le sais-tu ? Je t'ai aimée tant de fois aux bois farouches ! Chaque pli de ta robe suscitait le désir de vivre ! O ma forêt aux yeux maquillés d'écorce, ma soeur, mon Amour !
O LAETITIA !
A qu'elle rampe se tenir ?/ A quel ourlet de la rivière ?/ Cette étroite marge du désir d'aimer !/ Le tablier de l'eau laisse couler tes mains/ Toute emprise amoncelée dépose son limon/ L'herbe folle des berges se délie/ Tu es partout cinglant la terre !/ Les membres de ton corps cheminant sous l'auvent des saisons/ O Laetitia ! O rivière d'amour, en toutes déclinaisons !/ Je remonte le temps infini d'aujourd'hui/ Le coeur fouaillé par une vase onctueuse/ Serait-ce une main amie ?/ Voyez au loin le rocher jouir de son reflet dans les plis intimes de l'eau !/ Les peupliers dans leur alignement m'enjoignent de t'aimer/ Me voilà statufié, tel l'aulne noir enveloppé de nuit/ A ses pieds le courant est si fort, tu voles !/ Que faire petit poisson qui parle, que faire ?/ Et si j'appelais ta chevelure, O ONDINE ?/ Trouverait-elle le chemin de mes entrailles ?/ Y fleurirait-elle sauvage?/
MA FORET, MON AMOUR
Rien ne sépare la forêt d'elle-même, tous ses arbres l'enserrant/ Elle s'enracine jour et nuit Son ombre nous éblouit/ Ses fleuves dressés forment un labyrinthe de songes/ Ses fleuves fendant l'aubier de l'air !/ Elle rit de toutes ses feuilles/ Et se rembrunit la nuit/ Ma forêt à la poitrine obscure !/ Ma forêt à taille mince de sapin !/ Toujours jeune parmi son troupeau au corps ridé/ Qui broute les pailles de soleil, les pailles de lune/ Ma fontaine de branches et de feuilles !/ Qui de toutes ses feuilles se défend des appétits grossiers des Hommes !/ Offrant la caresse de ses chemins/ Donnant de l'espace à la densité de vivre/ O j'aime ton regard noir ! Ton regard aux yeux de cerf!/ O FEMME!
Toujours je t'ai vécue secrète/Au fin fond des vallées de mon coeur/Par mémoire du mystère de l'innocence/Grâce à la joie de tes sources vives, tes oiseaux!/ Toujours j'ai tenu serrées près de moi tes forêts/Pour conjurer les abus de pouvoir des hommes/ J'ai écouté les conseils des rivières/Qui veillent les nuits, les jours, les années/ O Ondine, comme je t'ai rêvée! Je ne t'ai jamais considérée selon le sens commun/Qui attribue à la femme des rôles convenus/ Ce que tu représentes pour moi/Dépasse un entendement de bon aloi/Je devine en toi des labyrinthes de clairières, des sous-bois!/ En toi vont des méandres que d'autres ne voient pas/Tes paysages se parent de sinuosités/ A l'opposé de bien des comportements figés!/
TOUT EN TOI FAIT CROIRE A L'AMOUR/
Qui ne s'en laisse pas compter!/Ta naissance remonte au-delà de tout désir particulier/ Tant de saisons, tant d'horizons coiffés d'arcs-en-ciel, ont suscité ta venue/ Tant d'étoiles ont brillé dans le ciel à murmurer ton nom/Des jardins roulaient dans l'ombre des perles De rosées/Tellement de peuples (humains et animaux), en déshérence, ont souhaité ton Avènement , pour un monde meilleur!/
NUE
Toute une forêt est entrée nue aujourd'hui en moi Avec ses silences, ses clameurs d'oiseaux, Son Histoire, sa Création, ses marcassins à truffe humide! Sans s'annoncer elle est venue, Au plus fort de son éternité, Elle est entrée, sans coup férir, sans apprêts, Avec ses assemblées de racines, Ses engorgements d'ombres, Ses pluies de feuilles débordant ma vie! Toute une forêt et sa Mémoire d'étreintes Pour supplanter les Hommes!
SOLEIL CAPTIF !
Saisi aux cheveux par l'eau claire de tes chevilles, Le soleil est ton captif ! Guidé par les mouvements de rivière de tes poignets Où sa neige fine se perd, Il suit tes rappels à l'ordre ! A travers les longs jours de pluies et de branches de tous tes gestes, Il nage, contre la mouvante écume de ton corps, Les menées de tes doigts dans sa crinière l'éperonnent, Il hennit sous l'innocente douceur dont tu l'accables, Entre vous deux, la vie entière est faite de moissons d'été !
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Camille Claudel |