Le toucher de l'ange

L'Amour giboie en gestes pleins
Festonnant les chemins, gravissant les feuillages
Leurs étendues de paupières closes
Le temps s'ouvre comme une Rose
J'hume de tes mains, les orages
Sans crainte du lendemain

Ô accueillir les offrandes
Autant qu'Amour se peut
Se laisser caresser
Par les coups d'épaules des montagnes
Sentir l'éternel toucher de l'Ange
Douce créature en soi rassemblant l'horizon
Cette buse à marée basse !

Le soir tombe sous la robe des forêts
J'entends les pas d'une femme
Longtemps après le crépuscule
Démêlant l'écheveau de mes pensées
Tu marches près de la grange bleue 
Cher amour, mémoire de toutes choses
Demain l'aube sera rose

Le jour arrivera où tous connaîtront
La Joie d'être aimé à la façon
De l'ombre et de la lumière
Dans un échange à foison
Tes seins se font dunes sur la Terre
Je me penche par la rivière
Au moment où tes cheveux
Outrepassent les flots bleus 

Tu me rends la vue, c'est inouï
Par cet Amour que je ne mérite pas
Tant que d'autres en seront privés
Tous ces oiseaux volant bas
Le coeur désemparé
Je pense à eux à chaque fois
Que je rêve à tes baisers

Je pense au bel Amour
A l'arc-en-ciel de tes bras
Soudain posé autour de moi
Sans que je puisse dire pourquoi
Si ce n'est que souvent j'ai froid
De devoir m'éloigner de Toi
Comment dire à quel point
Ce geste me semble divin
Toutes les fois qu'il survient
Lors de songes à satiété 
Cet Amour incroyable
De neige immaculée 

Me voilà entre tes bras
Ton visage au-dessus de moi
Je suis noyé de paysages
Prairies graciles et champs de blé
Où le soleil fait rage

Tes bras en corolle immense
Accroissent le sens des choses
L'innocence de ta présence
Autour de mon île cent fois éclose 

Mes oiseaux s'envolent sous tes yeux
Portés par une vive étreinte
Sans l'angoisse habituelle d'un adieu
Le coeur empli de ton empreinte.
                                          
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Gabriele Münter : Déjeuner face aux oiseaux
Gabriele Münter : 
Déjeuner face aux oiseaux